TRIBUNE MODEM Martinique, publiée dans le quotidien du 6 octobre 2009

 

Le débat institutionnel actuel témoigne d’un divorce entre les élus et la population. Alors que le peuple, dans son immense majorité, manifeste au mieux son plus grand désintérêt pour ces querelles d’articles, au pire son rejet du choix exprimé par les élus, les Présidents de nos deux assemblées tentent d’imposer un article 74 par tous les moyens.

Sans mandat formel, ils ont réuni un congrès pour nous livrer un paquet déjà tout ficelé. Ce faisant, ils cherchent à faire diversion : tandis que notre Martinique est gravement sinistrée, ils agitent le chiffon de l’autonomie, seul et unique remède  à tous nos maux selon eux, comme pour masquer leurs propres incompétences à apporter de véritables solutions aux problèmes de la population.

Tentons de clarifier le débat et pour se faire, distinguons deux questions.

 

La première, c’est celle du maintien ou non des deux assemblées que sont le Conseil Général et du Conseil Régional.

Dans une démarche pragmatique, la position du MODEM en la matière n’est ni nouvelle ni ambiguë : nous sommes, à l’échelon local comme à l’échelon national, partisans d’une fusion entre départements et régions, avec des conseillers élus pour moitié à la proportionnelle, représentant les opinions et pour l’autre moitié au scrutin uninominal représentant les territoires. Cette nouvelle collectivité territoriale qui exercera les compétences des deux assemblées précédentes, dans le cadre des lois de la République, aura le mérite de faciliter la prise de décision en évitant le chevauchement des compétences et la concurrence malsaine.

 

La seconde question, beaucoup plus complexe et polémique, est celle relative aux articles 73 et 74 de la Constitution, en d’autres termes, celle d’une certaine « autonomie ».

Le RDM de Claude LISE et le MiM d’Alfred MARIE-JEANNE en font une question purement idéologique. Leur dogmatisme voudrait nous faire croire qu’en dehors de l’article 74 point de salut ! C’est oublier un peu trop vite, comme l’avait si bien souligné un éminent Professeur de Droit Constitutionnel G. Carcassonne, qu’un article n’est ni plus ni moins qu’un outil. Que ce qui importe, c’est le projet au service duquel cet outil est censé être. Avoir un coutelas solide et bien aiguisé ne sert à rien si l’on ne sait quoi faire avec. Il peut même se révéler dangereux si l’on tente de s’en servir pour abattre un mur en béton par exemple ! Et ne nous trompons pas : ni l’Agenda 21 de Claude LISE ni le SMDE d’A. MARIE-JEANNE ne constituent un projet fiable pour sortir notre Martinique de ses problèmes récurrents. De plus, loin d’avoir soumis ces deux « projets » à la population, nous constatons chaque jour que l’immense majorité de la population en ignore leur contenu !

 

Mais pour élaborer un projet, il faut d’abord faire une analyse de notre société. A cet égard, les mouvements sociaux de février-mars 2009 sont éclairants sur plus d’un sujet. Quelles grandes leçons pouvons-nous donc tirer de cette crise majeure ? Elles sont au moins au nombre de trois :

-  Nous vivons dans une société où le divorce entre la population et ses élus est consommée.

- Nous vivons dans une société non apaisée, traversée de tensions diverses, raciales héritées d’un passé douloureux non encore « dé-passé », des tensions sociales nées d’un fort sentiment d’injustice,…

- Nous vivons dans une société où les problèmes de cherté de la vie et d’inégalités sont criants et de plus en plus insupportables.

 

Les responsables politiques, en particulier nos présidents des deux assemblées ont démontré durant ce conflit leur insuffisance, ils n’ont ni vu ni su anticiper la crise qui se tramait, ni prendre les dispositions pour l’éviter voir l’atténuer, ce qui constitue quand même le sens même de la mission du politique !!! Dépassés par les évènements, ils en ont été réduits à être au mieux des médiateurs au pire des accompagnateurs impuissants. Certes, ils ont quelque peu mis la main à la poche mais en (petit) complément de l’intervention de … l’Etat !!! Et ne les voilà t-ils pas, aujourd’hui exiger moins d’Etat ! Quelle incohérence !!!

Et cet Etat dont ils répètent inlassablement, à qui veut l’entendre qu’il est « mauvais payeur », comment imaginer et croire qu’au cas où la Martinique deviendrait autonome, il deviendrait d’un coup de baguette magique moins regardant et plus généreux sur les deniers publics qu’il distribue ? Double incohérence !!!!

 

Ce n’est pas d’un changement d’article qu’il faut à notre Martinique, c’est d’un changement de politique, un changement de nos hommes politiques. Avec tout le respect que l’on doit à nos aînés pour le travail accompli, il faut affirmer solennellement que ce ne sont pas avec les rêves de nos grands pères que nous ferons entrer la Martinique dans le XXIème siècle.

 

Et c’est à ce changement de politique que le MODEM Martinique en appelle aux Martiniquaises et aux Martiniquais. Ici aussi, le temps de l’alternance a sonné !  La politique est d’abord un combat de valeurs, la Liberté, la responsabilité et la justice, le socle de la société humaniste que le MODEM Martinique défend. Une société qui place l’homme au cœur de tout, et qui pense la démocratie comme une exigence : exigence de pluralisme politique et médiatique, de séparation des pouvoirs, de défense du plus fragile et des droits des minorités.

Le MODEM Martinique, ni de droite ni de gauche, au centre, veut changer la vie politique martiniquaise : le bipartisme, affrontement perpétuel et artificiel, est un appauvrissement de l’esprit et une incompréhension de la complexité des temps. Il est un verrouillage.

Il est vital de définir un projet nouveau, clair et ambitieux pour notre société martiniquaise. C’est d’autant plus nécessaire dans la crise profonde que nous traversons. Notre modèle républicain vise à l’amélioration de la situation de tous, alors que le mouvement du capitalisme financier encourage l’augmentation croissante et toujours accélérée des inégalités.

Le Mouvement Démocrate est, aujourd’hui, la seule parole libre, qui dit oui quand c’est juste mais qui s’oppose quand les décisions sont injustes, qu’elles heurtent nos valeurs communes.

Ensemble, menons ce combat exigeant mais formidable !!!

 

Max ORVILLE

Responsable du MODEM Martinique

 

 

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