REQUISITOIRE

Publié le par MODEM Martinique

L’affaire où DSK est mis en cause constitue pour chacun d’entre nous une bonne occasion de nous interroger sur le système judiciaire américain si souvent mis en scène dans les séries télévisées dont nous sommes amplement abreuvés.

Si tout un chacun peut aisément admettre que notre système judiciaire français, sur des plans divers et variés, est loin d’être parfait ; s’il est alors légitime que l’on réfléchisse à son amélioration et que l’on fasse des propositions pour le rendre meilleur, le comparer au système américain peut  peut-être commencer par nous permettre de nous consoler un peu. En effet, lorsqu’on examine ce dernier d’un peu plus près, force est de constater que de nombreuses critiques, et pas des moindres, peuvent lui être adressées.

Voici un système qui diffuse très largement les images d’un homme simplement suspecté mais menotté et défait. Alors que notre système aurait avec raison retenu ces images, ne voilà t-il pas qu’elles inondent aussi bien la presse étrangère que la nôtre ! Pas de retenue dans l’exhibitionnisme !

Si ces images sont rapidement tournées et diffusées, c’est parce qu’il y a une entente de coopération entre la police et la presse : la première, trop contente de se faire un bon coup de pub, convoque la seconde et orchestre le début de la curée !

Dans la continuité, la première séance au Tribunal est filmée alors que, si l’on en croit certains spécialistes, c’est interdit par la loi américaine !

Et dès le départ, les médias (au moins certains) se déchaînent. Comment un Peuple partout décrit si puritain peut-il se régaler et se repaître d’une telle affaire de mœurs ? Comment ne pas y voir une vaste hypocrisie révélée par une excitation juvénile ?

Voici  un système où Procureurs et Juges sont élus par la population de leur juridiction. Comment alors ne pas voir qu’en sortant une « grosse affaire », ils espèrent marquer des points pour le suffrage à venir ? Comment ne pas voir, corrélativement, que le souci de la vérité risque de peu leur importer, que l’essentiel sera d’avoir été celui qui a fait tomber un puissant ou jugé une grande affaire ?

Ne voulant pas perdre le tempo de la valse médiatique, ne voilà t-il pas qu’un Juge place DSK en détention provisoire alors que la règle est la mise en liberté surveillée sous caution ? Transformer une affaire en feuilleton n’est-il pas le meilleur moyen de tenir un public en haleine et donc de souhaiter qu’il ne se détourne pas de l’affaire ? « Voyez, au fil des jours, comment l’on est attachés à vous défendre ».

Voici un système où, dans une seconde séance au Tribunal (toujours filmée), le prévenu est finalement libéré sous certaines restrictions et sous une caution de…1 million de dollars avec dépôt de garantie de 4 ou 5 millions. Et ce système voudrait encore nous faire avaler que devant la justice américaine tous les hommes sont égaux !

Voici un système où pour être libéré sous caution DSK devra, entre autres, avoir des gardes armés qui le surveilleront 24h/24 et qui seront payés à ses frais ! La police américaine serait-elle, comme la nôtre, si en manque d’effectifs qu’elle ne puisse se permettre d’affecter 2 policiers à cette tâche ? Ou est-ce encore une des preuves que leur système place tous les hommes sur un pied d’égalité ?

Voici un système où le sort de l’accusé, beaucoup plus qu’en France où la procédure est différente, dépend très largement de la qualité de ses avocats et par conséquent de la somme qu’il est prêt à engager pour les payer (et pour payer l’armée des détectives à leur service)…

Voici un système où pendant un procès tous les coups,  même les plus bas (surtout les plus bas ?), seront permis. Chacun ira alors de ses recherches pour tenter de salir, de démonter l’adversaire…  Tout se passera alors comme si le Tribunal s’était transformé en ring. Il est fort à parier que même dans le cas où, comme on dit, la justice passe, la plus élémentaire morale, le plus élémentaire respect, auront été largement bafoués.

Voici un système où les peines sont cumulatives, ce qui fait courir à DSK le risque d’être condamné à 75 ans de prison. Dans l’hypothèse où il serait coupable et où il serait  condamné à une telle peine, il faut oser avouer que quelle que soit la gravité d’un viol (et un viol est grave), l’idée d’une peine aussi longue pour ces faits-ci est plus que surprenante. Il arrive un moment où la lourdeur de la peine est tellement disproportionnée qu’elle en devient ridicule, que le système lui-même en devient ridicule !

Voici un système où, avant et même pendant le procès, une négociation entre les parties adverses peut intervenir. Soumise au Procureur, cette négociation peut permettre d’éviter le procès ou de réduire fortement les peines que l’accusé encourt. On dit sur ce point  les Américains pragmatiques. Est-ce du pragmatisme que de négocier une peine ? L’essence de la justice n’est-elle pas de rendre un jugement juste et équitable ? Ne sommes-nous pas alors plutôt devant une parodie de justice ?

Voici un système où l’on ne peut pas exclure que même si la plaignante dit vrai, justice ne soit pas rendue parce que négociation il y aura eu, voire qu’elle perde son procès à cause de la qualité des avocats de la partie adverse. Qu’en serait-il alors de la vérité des faits et de l’idée même de justice ?

On arrêtera ici la liste des griefs dont le système américain peut faire l’objet, même si cette liste n’est probablement pas exhaustive. Ce qui est retenu ici permet de conclure qu’en fait de justice, ce système n’est qu’une illusion, que de la poudre aux yeux. Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’on sait bien que plus largement, le système médiatico-judiciaire outre-Atlantique n’a que trois ressorts : le « buzz », le « people » et le « trash »…

Voilà qui mérite d’être rappelé à tous les Américains, et il y en a beaucoup, si prompts à se poser en donneur de leçons, ainsi qu’à tous ceux qui, en France, et il y en a quelques-uns, sont enclins à trouver à ce système je ne sais trop quelles vertus.

 

GUY PANEVEL

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